Mars 2021 - 23ème Atelier de l'innovation Fondation Rennes 1 Repenser les relations de travail en entreprise

Une centaine de participants - étudiants de l'Université Rennes 1 et entreprises membres de la Fondation Rennes 1, ont répondu présent sur le 23ème Atelier de l'innovation consacré à l'évolution des relations de travail en entreprise. Cet atelier proposait notamment un point d'étape sur les travaux que consacre depuis quelques mois déjà l'équipe de la chaire "Droit des activités économiques - Claude Champaud" - Fondation Rennes 1 à ces enjeux, sous la direction de Danièle Briand, titulaire de la chaire.
23e Atelier de l'innovation Fondation Rennes 1 - mars 2021

Le télétravail en pratique

Dans un premier temps, les enseignants-chercheurs ont restitué les analyses issues de deux enquêtes concernant le déploiement du télétravail, menées fin 2020 par des étudiants en Master 2 Droit du Travail et de la Protection Sociale et Droit Juriste Conseil d’Entreprise de l’Université Rennes 1 auprès des six entreprises partenaires de la chaire - Net Plus, Groupama Loire Bretagne, Enedis, Crédit Mutuel Arkea, Brittany Ferries et Banque Populaire Grand Ouest. Accords-cadres relatifs au télétravail, fréquence, qualité de vie au travail, prise en charge des coûts induits, figurent parmi les principaux thèmes abordés dans ces enquêtes. "Les entreprises avaient déjà introduit le télétravail avant la crise sanitaire, mais sans nécessairement qu'il y ait eu un accord d'entreprise " a expliqué Gilles Dedessus Le Moustier, enseignant chercheur à la Faculté de droit. Les résultats montrent que les entreprises se sont particulièrement investies sur la question du bien-être au travail, mise à mal avec l'isolement tant du côté des salariés que des managers. En guise d’ouverture, les étudiants sont allés jeter un œil du côté de nos voisins européens constatant que la législation en matière de télétravail était assez similaire partout en Europe, et que la France figurait plutôt parmi les bons élèves.

Télétravail, RSE et numérique

Virginie Vidalens, co-responsable du Master Environnement Droit de l'Université Rennes 1 et Yoann Geny, doctorant, ont complété le propos sur le thème "Télétravail et RSE". L’exploration de cette problématique s’est appuyée sur l’organisation par les étudiants du Master d’un atelier participatif auquel une cinquantaine de personnes ont contribué. La réflexion collective a porté sur l'accélération des usages du numérique et ses incidences. "On a établi plusieurs constats - ont expliqué les chercheurs - notamment celui d'une perception incomplète de la réalité de ces impacts de la part des usagers". A l’issue de cet atelier, les étudiants ont rédigé une charte de bonnes pratiques - document présentant une vingtaine de « bons réflexes » en situation de télétravail. "Quand on sait qu'une box consomme autant qu'un frigo à l'année, on se rend compte qu'il est important d'ajuster nos pratiques de façon à ce qu'elles respectent davantage les ressources." a conclu Virginie Vidalens. Les chercheurs préconisent de former et de sensibiliser davantage les salariés à ces enjeux.

Témoignages des partenaires de la chaire

Les entreprises partenaires de la chaire ont été invitées à témoigner sur ces différentes problématiques liées au déploiement massif du télétravail. Céline Médard et Olivier Dumarty, pour Groupama Loire Bretagne, Marie Anne Wilt pour Crédit Mutuel Arkea, et Sandra Cougard pour Enedis. Pour Olivier Dumarty "Du fait de la distanciation physique, l'activité ne se mesurera plus par le temps de travail mais plutôt sous forme de mission ou d'objectifs à remplir. Cela change le paradigme et nécessite de la confiance réciproque - Le manager "hybride" est appelé à manager des équipes à la fois sur site et à distance, et au-delà de la maitrise des outils, cela nécessite d'inventer de nouveaux rituels managériaux, et bien entendu de former nos managers."

Du télétravail aux nouvelles formes de collaboration

Selon Danièle Briand, réfléchir à la relation de travail dans l'entreprise fait réfléchir à nos modèles de collaboration : "Nous voyons bien que notre société change, que les besoins des jeunes sont différents, et que les entreprises se préoccupent de leur marque employeur. Garder des talents constitue une de leur préoccupation." Là encore, les étudiants en droit de l'Université Rennes 1 ont été mobilisés pour réaliser un état des pratiques auprès des entreprises partenaires de la chaire. Force est de constater que la typologie des modes de collaboration s'est étendue ces dernières années. Pour compléter les contrats de travail dits "classiques", d'autres dispositifs sont apparus tels que le CDI interimaire, le mécénat de compétence, l'alternance, l'intrapreneuriat ou le prêt de main d'oeuvre. "Autour des différents modes de collaboration, il y a deux grandes préoccupations pour l'entreprise qui peuvent paraitre un peu schizophrènes :  développer des formes de collaboration qui bousculent les lignes pour attirer et garder les talents tout en s'assurant qu'il y ait un gage d'efficience pour l'entreprise du point de vue de la mobilité, de la transversalité, de l'innovation par exemple.  Du côté des jeunes, il y a ce souhait d'une plus grande flexibilité mais en même temps un besoin de sécurité. " a expliqué Danièle Briand. Et Marie-Anne Wilt, juriste RH au sein de Crédit Mutuel Arkea de témoinger : "La grande difficulté c'est d'adapter nos pratiques de management à ces nouvelles aspirations - déconstruire le pyramidal pour le collaboratif et casser les anciennes habitudes... On a beaucoup de travail dans les années qui viennent."

Conclusion et perspectives

Les intervenants le constatent : la situation s'est inversée pour un certain nombre de postes, et c'est aujourd'hui aux entreprises qu’il revient de mettre en avant leurs talents, leurs valeurs, le sens qu'elles donnent à l'activité déployée. Nicolas Thomassin, enseignant chercheur qui participe aux travaux de la chaire y voit des perspectives de recherche qui s’ouvrent du point de vue juridique : "La confiance est à double sens. Historiquement le salarié sollicitait la confiance de son employeur en obtenant le graal du CDI et du contrat durable, désormais elle change de sens. C'est aussi l'employeur qui recherche de la confiance de la part de son salarié dans le cadre d'une relation qui doit rester intense mais qui est plus distante du fait de la perte de l'unité de lieu, de temps etc. Tout cela est passionnant et enrichissant à construire du point de vue juridique." Pour Danièle Briand, titulaire de la chaire "Le droit suit les évolutions de la société, et l'un des enjeux de la chaire sera de proposer de nouveaux modèles juridiques qui puissent intégrer ces nouvelles formes de collaboration et des aspirations parfois très contradictoires."