Le séminaire Egalité / Non-discrimination de la Chaire Vivre Ensemble - Fondation Rennes 1

C’était le 8 octobre dernier : l’équipe de la chaire « Vivre ensemble » - Fondation Rennes 1 réunissait 130 salariés pour participer à un module de sensibilisation sur le rôle des salariés dans la construction du vivre ensemble.
Les actus de la Chaire Vivre Ensemble - Fondation Rennes 1

Prendre conscience des répercussions des discriminations au travail : un outil pour améliorer le vivre ensemble en entreprise.

Avant d’introduire les intervenants de la matinée, Brigitte Feuillet-Liger, titulaire de la chaire, remercie chaleureusement les entreprises partenaires de la chaire « d’avoir joué le jeu » en permettant à leurs salariés d’assister à cette session. Créée début 2019, cette chaire de recherche et de formation de la Fondation Rennes 1 est à mi-parcours, avec six partenaires particulièrement impliqués – Crédit Agricole, Cooper Standard, Ouest-France, Rennes métropole, Samsic et Triballat-Noyal. En s’adressant directement aux salariés des entreprises concernées, l’initiative proposée illustre de manière exemplaire la spécificité des chaires de la Fondation Rennes 1 : articuler les recherches au terrain, et aux situations concrètes vécues dans les entreprises. « Les entreprises sont tenues, dans le cadre de la RSE, de mettre en place des actions pour assurer le vivre ensemble ; les salariés peuvent aussi agir, notamment dans la lutte contre les propos discriminatoires. Ils ont un rôle à jouer pour construire le « vivre ensemble » auquel ils aspirent pour eux-mêmes » explique Brigitte Feuillet-Liger.

Un module participatif

Co-animée par Isabelle Eon – formatrice et spécialiste en matière d’accompagnement à la lutte contre les discriminations - et des comédiens de l’agence Echappées Belles, la matinée sort du cadre habituel de la formation en face en face. Tout en exposant les 25 critères reconnus aujourd’hui par la loi française en matière de discriminations, une série de saynètes se succèdent, mettant en situation les discriminations rencontrées dans les entreprises. « Toutes ces situations sont tirées de faits réels qui nous ont été racontés » explique le comédien Mickael Gouret. Mobilisant les techniques du théâtre-forum, la parole passe alternativement de la scène à la salle. Les participants sont invités à rebondir, enrichir, décrivant une anecdote, une solution qu’on aimerait proposer pour éviter les situations de discrimination. Le micro circule et la parole s’ouvre, sur le racisme, l’homophobie, le harcèlement, le retour après une longue absence et, incidemment sur l’isolement des salariés victimes de ces propos, sur l’humour qui n’en est pas.

Attention les stéréotypes nuisent gravement à l’égalité

« On a tous des stéréotypes et des prêts à penser qui constituent un vrai poison pour le vivre ensemble - explique Isabelle – et la discrimination s’explique le plus souvent par un stéréotype qu’on a laissé filer ». Sur le plan juridique, la discrimination constitue un délit. La liste des critères de discrimination a été étendue par une loi de novembre 2001. D’autres comme le critère de précarité sociale sont plus récents. Maintenant, au civil, la charge de la preuve est inversée et c’est à la personne qui discrimine de prouver qu’elle n’a pas discriminé. « On dispose d’une caisse à outils avec ce cadre et ces 25 critères. La loi ne résout pas tout mais c’est déjà ça » conclut Isabelle. D’autant que ces critères s’appliquent dans toutes les situations, l’emploi bien entendu, mais aussi le logement, les biens et les services, la santé ou l’éducation.

Du côté des entreprises, on est également aujourd’hui mieux armé, notamment grâce aux cellules d’écoutes qui se sont développées ces dernières années. En effet, « Les situations de vis à vis sont les plus courantes, c’est alors parole contre parole » témoigne un manager. Dans les cellules d’écoute, « on va s’appuyer sur un faisceau d’éclairages » explique Isabelle Eon. Lorsqu’on est confronté à une situation de discrimination, la bonne posture peut consister dans certains cas à engager une procédure de signalement auprès de cette cellule, « il ne faut pas accepter de souffrir en silence » témoigne l’un des participants

Et la suite ?

L’équipe peut être satisfaite – la matinée est un succès avec des échanges nombreux, des participants très réactifs et impliqués. Et Isabelle de conclure « C’est un entraînement, un miroir qui appelle à la vigilance, le but est d’amener à la réflexion, en adoptant la bonne posture. C’est une compétence de ne pas discriminer et de respecter les personnes. L’attitude respectueuse s’impose dans l’entreprise au-dessus de l’avis personnel. ».

Pour les chercheurs de la chaire, l’histoire ne s’arrête pas là. La matinée constitue d’abord et avant tout un terrain d’observation. Il faudra exploiter les informations recueillies dans le questionnaire distribué à chacun des participants. « Un dispositif de collecte de commentaires est également disponible sur le site internet de la chaire - explique Brigitte Feuillet-Liger – et nous étudierons dans les mois à venir comment l’Université Rennes 1 peut accompagner la diffusion de ce module de sensibilisation au sein d’un maximum d’entreprises du territoire. »