22e Atelier de l'Innovation "Crise sanitaire et transition alimentaire : allons- nous consommer et manger autrement ?"

Mercredi 9 décembre 2020, lors du 22e Atelier de l'innovation en lien avec la Chaire "Aliments et bien-manger" - Fondation Rennes 1, la question des nouveaux modes de consommation et d'alimentation dûs à la crise sanitaire ont été abordés.

Ce rendez-vous au format webinar a été introduit par Sophie Langouët-Prigent, vice-présidente de la Fondation Rennes 1. Elle a rappelé le soutien des 9 partenaires de la Chaire Aliments et bien manger, avant de laisser la parole à Pierre Weill, titulaire de la chaire.

Il a expliqué en quoi la recherche autour de l’alimentation représente une véritable opportunité en cette période particulière, en soulignant que "le virus prend une place importante dans les réflexions mais il est tout aussi intéressant de percevoir les changements qu’il impliquent dans la vie des citoyens au quotidien".

Les comportements alimentaires en confinement

Dans un premier temps, Fabrice Clochard, sociologue et responsable pédagogique, a présenté les résultats d’une étude qualitative sur les comportements alimentaires en confinement. Sur un échantillon de 38 rennais ayant une approche différente de l'alimentation, ces entretiens ont permis de mettre en lumière l'impact du confinement sur les usages liés à l’alimentation et au repas au sein des foyers. Selon Fabrice Clochard, "le covid-19 influence les usages et les perturbe. Il bouge les lignes et recompose des rapports de force.”

Les résultats démontrent que, pour certains, le confinement a été le moyen de renforcer une volonté de vouloir faire soi-même son repas et de mieux manger signe d’une “reprise en main de la pratique alimentaire”. Il a été également perçu comme l’occasion de démocratiser et valoriser des tâches domestiques notamment lorsque les ménages ont vécu une redistribution des rôles pour ajuster leurs méthodes organisationnelles du quotidien dans cette crise sanitaire.

La crise sanitaire a donc modifié les usages en apportant chez les individus plus de planification, d’anticipation et de rationalisation. Ils ont également pu expérimenter et prendre conscience de l'ampleur des tâches quotidiennes telles que se faire à manger. Selon Fabrice Clochard, “les nouvelles pratiques restent fragiles et nécessitent un accompagnement pour être durables”.

Qu'est ce que bien manger ?

Dans un second temps, Claude Fishler sociologue et anthropologue au CNRS, a apporté un éclairage à la question "Qu'est ce que bien manger ?”. Pour lui, "la nutrition est une affaire de sciences sociales. Il faut lutter contre “les présupposés implicites” et surtout contre le préjugé de la rationalité". L’acte de se nourrir étant historiquement collectif, il est donc nécessaire de tenir compte des facteurs connexes qui entourent ce processus social.

La perception du risque alimentaire

Pour conclure la question du jour, Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique, dont les travaux s’intéressent notamment aux crises sanitaires dans l’alimentation et à la perception du risque alimentaire, a mis à contribution ses connaissances sur la perception des risques en psychologie sociale.

Il a d'abord expliqué en quoi l’alimentation peut susciter des peurs notamment lorsqu’elle était une des causes les plus mortelles du 20e siècle. Puis, il a rappelé les facteurs impliqués et retenus dans la perception des risques et la construction des peurs chez les individus. Un apport riche de sens, surtout dans un contexte social qui lui aussi, révèle une hausse de l'angoisse face aux incertitudes de la situation.

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